Conversation mode avec Angie Johnson designer de Norwegian Wood

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Angie Johnson est l’une des top designers canadiennes du moment. (Je sais, je commence fort, mais c’est vrai.) Alors que plusieurs autres créateurs locaux privilégient une palette neutre, elle se spécialise dans le mélange de couleurs et d’imprimés inattendus. Des motifs qu’elle crée elle-même, puisque Angie, c’est une artiste du début à la fin.

Je l’ai rencontrée pour la première il y a quelques années, alors que je devenais modèle pour sa ligne Norwegian Wood le temps d’une saison (et que la moitié de ma tête était rasée, mais ça c’est une autre histoire). Depuis, je l’admets, tout ce que signe Angie, j’adore.

Malheureusement pour Montréal mais heureusement pour elle, elle a récemment déménagé en Californie pour vivre avec son fiancé (+1 pour l’amour). J’ai eu la chance de m’entretenir avec elle avant son départ.

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Parle-moi de ton parcours.

J’ai grandi au Manitoba dans une petite ville de 300 personnes. À 16 ans, j’ai commencé à sortir dans les raves et à fabriquer des vêtements pour les gens autour de moi. Deux ans plus tard, je déménageais à Winnipeg. La ville tombait un peu en ruine, donc il y avait beaucoup d’entrepôts abandonnés où on organisait d’immenses fêtes et des défilés de mode. C’est à ce moment que j’ai commencé à vendre dans des boutiques.

Pendant que j’étudiais à l’université en mode et textiles, je travaillais simultanément pour Silver Jeans. Toute leur production était alors faite à Winnipeg, ce qui m’a permis d’observer le processus de fabrication du début à la fin. Au début, je gérais les prototypes tout en étant fit model. J’ai aussi touché au design graphique et à celui des vêtements. Puis, j’ai rencontré mon copain de l’époque et nous avons décidé de déménager à Montréal. Ici, j’ai travaillé sur la rue Chabanel pendant six ans pour différents noms. À un certain moment, j’en ai eu assez. C’est là que Norwegian Wood a vu le jour.

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Pourquoi le nom « Norwegian Wood »?

J’adore The Beatles (Norwegian Wood est une de leurs chansons) et mon grand-père est norvégien. Ma famille a plusieurs origines : suédoise, irlandaise et anglaise, mais la culture norvégienne a toujours dominé quand j’étais enfant.

Comment décrirais-tu ton processus créatif?

Je commence avec un thème, par exemple la culture psychédélique des années 60 ou les rec rooms des années 70. Ensuite, je trouve des tissus qui correspondent à cette ambiance et puis j’entame le design en m’inspirant des silhouettes actuelles.

C’est vraiment une question d’équilibre entre la créativité et le côté pratique. Si un style vend super bien une saison, pour la collection suivante, je risque de le proposer encore mais dans un tissu différent. Je veux donner aux gens ce qu’ils veulent. Je ne suis pas le genre de designer qui dit : « Voici ce que vous devez absolument porter cette saison ». Si le design me plaît toujours, je continue à le faire.

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Tu as collaboré avec une tonne d’artistes et d’organisations – dont le Rijksmueum à Amsterdam. Quelle collaboration t’a le plus marquée?

J’ai aimé chacune d’entre elles, elles sont tellement différentes! Mais travailler conjointement avec Kimberly Fletcher sur la création de sacs en cuir est un pur plaisir. Nous en sommes à notre cinquième saison et c’est toujours agréable de créer à ses côtés. C’est une femme d’affaire allumée et très humaine à la fois.

Tu développes toi-même les imprimés pour ces sacs mais aussi pour ta collection de vêtements.

Oui, c’est très amusant, j’adore ça! J’ai commencé à le faire quand l’impression digitale est devenue accessible. Certains des motifs sont imprimés à Montréal avec la compagnie Art of Where et d’autres avec Spoonflower aux États-Unis.

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Tu as aussi collaboré avec des mégas marques comme Topshop et Anthropologie. Comment tout ça est arrivé?

À cette époque, j’étais très active sur le blogue Style Bubble de Susie Lau. J’avais des conversations dans la section des commentaires, elle savait donc qui j’étais.  Un jour, elle cherchait des vêtements faits sur mesure et elle m’a demandé de lui en faire. Je pense que c’est de cette manière que Topshop m’a trouvée.

Pour commencer, j’ai participé, avec d’autres créateurs,  à une boutique éphémère (Edit) que le détaillant avait mise sur pied. Un an plus tard, ils me demandaient si je voulais vendre des vêtements dans leur magasin de Londres à Oxford Circus, où ils ont une section réservée au vintage et aux designers indépendants. J’ai accepté, mais en bout de ligne ce n’était pas avantageux financièrement. Je devais engager des employés pour qu’ils s’occupent exclusivement de mon unique présentoir. Cela revenait tellement cher, le magasin étant ouvert de 9h à 20h! J’avais aussi des livraisons de vêtements à envoyer chaque semaine. Si on m’avait donné six mois pour me préparer, j’aurais pu me débrouiller, mais leur équipe m’a contactée un mois avant le début du projet. Après quelques temps, j’ai additionné les chiffres et c’était pratiquement du bénévolat.

Au même moment, Anthropologie m’a contactée pour produire une collection capsule. Chaque saison, ils travaillaient avec de petits artisans pour un projet qui s’appelait Made in Kind. Le problème était que j’avais déjà acheté les tissus pour ma collection printemps/été. J’avais planifié faire 20 robes alors qu’eux en voulaient 600! Rires. Sans compter que je n’avais que trois mois pour tout produire. C’était une période intense et très stressante.

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Sur une autre note: l’automne est arrivé! Parle-moi de ta nouvelle collection.

Je suis allée à Joshua Tree pour la première fois il y a quelques mois. C’était magnifique! Je m’en suis inspirée pour cette collection : un désert aride avec des tons de bruns, de rouille et de vert sauge. Les imprimés sont toujours présents, mais les couleurs sont adoucies. C’est très 70s et moderne en même temps.

Quelle est la meilleure et la pire chose en ce qui concerne la mode à Montréal?

Les gens qui sont gentils et qui souhaitent créer une communauté sont VRAIMENT gentils, mais ils sont trop peu nombreux. Souvent, d’autres créateurs me posent des questions sur mes ressources, où j’imprime mes tissus par exemple. À tout coup, je partage l’information et ils me remercient aussitôt puisque très peu de gens acceptent de divulguer ces détails. C’est très compétitif. De plus, si je connais un bon sous-traitant, je veux que mes collègues le sachent, puisque cette industrie est en train de complètement disparaître. Ils ont besoin de clients. Montréal doit être plus connectée si elle veut être plus forte.

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Te rappelles-tu de ton premier projet de couture?

Ma mère m’a appris à broder quand j’avais 5 ans, ce qui me semble très irresponsable maintenant que j’y pense, avec toutes ces aiguilles et ces épingles! Rires. Une fois, j’ai cousu ma broderie à ma robe et j’ai décidé de couper ma robe plutôt que de couper les fils. Ma broderie était plus importante.

Qui sont tes icônes mode?

J’adore Patti Smith et sa manière toujours cool d’agencer ses vêtements. Diane Kruger passe souvent inaperçue, mais je trouve que son style est systématiquement réussi. J’aime aussi Jemima Kirke, elle est une personne très intrigante, un peu bohémienne. Je serais très fière si elle portait mes vêtements.

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Est-ce qu’il y a une tendance que tu aimerais voir disparaître?

Certaines personnes vont me détester… mais le normcore! Tu as 22 ans, tu es tellement hot, c’est le moment de t’habiller vraiment hot. Si moi je porte ça, j’ai juste l’air d’une femme trapue de 35 ans. Je comprends, c’est le contraste qui est intéressant, tu es super jeune et tu portes quelque chose d’inattendu, mais mon Dieu que c’est ennuyant!

Est-ce qu’il y a une tendance que tu aimerais voir revenir?

Je pense aux années 70 et les hommes qui osaient avec leur style… Maintenant, je ne peux pas te dire le nombre de fois que j’entends un gars dire : « Je vais avoir l’air tellement gai si je mets ça ». Je hais ce genre de commentaire!  Peut-être que cette liberté vestimentaire va revenir, quand tout le monde sera à différents niveaux sur le spectre de l’hétérosexualité et de l’homosexualité. Les gens ne seront alors plus capables d’identifier l’orientation sexuelle de quelqu’un simplement en regardant son habillement.

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Comment décrirais-tu ton style personnel?

Chaotique! J’ai des robes en coton des années 50, des leggings en cuir et des robes vaporeuses des années 70. C’est comme un déguisement. J’avais une amie à l’université qui était pareille et on avait un concept de « theme dressing ». Un jour on était une rocker girl et l’autre, une déesse bohémienne. C’était créatif, comme si on faisait une mini séance photo avec nous-mêmes chaque jour.

Quel est ton conseil #1 pour quelqu’un qui se lance en design de mode?

Avant de se partir en affaires, c’est important de travailler pour quelqu’un d’autre préalablement, même si ce n’est que pour un ou deux ans. Je ne pense pas que j’aurais pu me rendre où je suis aujourd’hui si ce n’était pas de mon expérience dans de plus grosses boîtes. Même si ce n’est pas l’emploi rêvé, posez des questions aux collègues qui vous entourent, puisqu’il faudra, un jour, faire ce qu’ils font vous-même.

Photos par Naomie Tremblay

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