Lingerie féministe: Entrevue avec Sabrina Cassis de la marque Alice Kass

Sabrina Cassis par @versepasi

Sabrina Cassis est une femme fascinante, genre que tu voudrais être elle le temps d’une journée. Ou sinon la compter dans ton groupe d’amies.

Il y a un peu plus de trois ans, la jeune femme a lancé Alice Kass, une boutique en ligne de lingerie. Au lieu d’utiliser la bonne vieille stratégie de vendre une culotte «sexé» pour séduire le sexe opposé, elle encourage l’achat de dessous affriolants pour le simple plaisir de la femme qui les porte.

Avec ses quelques 17 000 abonnés Instagram, elle partage la philosophie de l’empowerment au féminin et de la réappropriation de notre sexualité. Tout ça, un soutien-gorge à la fois.

J’ai rencontré l’entrepreneure il ya quelques semaines, dans sa boutique pop-up au centre Rockland qui y sera jusqu’au 10 janvier. Voici ce qu’elle avait à me dire. Prends des notes! #GirlCrushOnAGirlBoss

Peux-tu me parler de ton parcours?

J’ai étudié le commerce à Concordia et, après, j’ai fait le programme de commercialisation de la mode à l’UQAM, durant lequel j’ai fait un échange dans une école de Paris. C’est pendant que j’étais là-bas que j’ai posé ma candidature et obtenu un stage chez SSENSE. J’ai commencé comme assistante-acheteuse. Par contre, seulement un mois après mon arrivée, l’acheteuse principale a démissionné. J’ai donc fait mon premier voyage d’achats alors que j’étais encore stagiaire. C’était fou! J’avais 24 ans, je venais tout juste de sortir de l’école, c’était mon premier emploi d’acheteuse et j’allais visiter les showrooms de Givenchy, Chloé, Margiela, etc. J’ai appris rapidement, je n’avais pas le choix.

Pourquoi avoir décidé de te lancer en lingerie? 

J’ai toujours su que je voulais me lancer en affaires, mais pas nécessairement en lingerie. Pour être honnête, pendant longtemps, j’ai porté des sous-vêtements American Apparel parce que je ne savais où en acheter autrement. Je vous jure, j’ai eu mon premier string à 24 ans! J’avais l’impression que la lingerie était pour une espèce de femme fatale et je ne me sentais pas du tout comme ça.

Éventuellement, j’ai réalisé que les sous-vêtements de American Apparel étaient vraiment nuls — ils n’étaient pas confortables et de mauvaise qualité. Alors j’ai commencé à faire un peu de recherche et à découvrir de super marques proposant des pièces intéressantes que je me voyais porter.

Je me rappelle la première fois que je me suis acheté de la lingerie, je me suis dit «wow, je me sens tellement bien; je me trouve belle!». Il n’y avait pas de rembourrures, je n’étais pas inconfortable: j’avais l’air de moi-même, juste en une version plus hot. Ça a été l’élément déclencheur. Je regardais des compagnies comme Victoria’s Secret et je réalisais que leur stratégie ciblait plutôt les hommes, c’était ce que les hommes voulaient voir les femmes porter. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de malsain dans tout ça.

Je connaissais le commerce en ligne, j’avais de l’expérience en tant qu’acheteuse: c’était le moment ou jamais.

Photo par Jade Wulfraat

Qu’est-ce que tu as fait ensuite?

J’ai fait un plan d’affaires, j’ai appliqué pour une bourse (avec SAJE) que j’ai obtenue. J’ai ensuite pris contact avec les marques, je leur ai expliqué le concept, envoyé des collages d’inspiration, etc. Je suis super visuelle comme personne, ce qui m’a permis d’exprimer ma vision et de convaincre les gens d’en faire partie.

Je devais aussi établir une tranche de prix qui faisait du sens. Il y a les marchés haut et bas de gamme: se positionner entre les deux est le plus difficile. Quand ce n’est pas cher, les gens n’hésitent pas. S’ils n’aiment pas, au pire, ils le jettent. Dans l’industrie du luxe, tu n’as pas besoin d’autant de clients. Et quand tu réussis à te construire un réseau, ces gens se foutent du prix. Quand tu es dans le milieu, pour des gens qui sont habitués de moins dépenser, ta marchandise leur semble quand même chère.

Montréal est une ville où les gens sont très conscients du prix des choses. Ils préfèrent dépenser dans un restaurant ou un bar; ça ne les dérange pas de mettre 150$ sur une soirée, mais sur un soutien-gorge — une pièce qu’on porte pratiquement tous les jours — ils trouvent que c’est cher payé. Je comprends, les expériences ont un valeur, mais reste que c’est un peu drôle quand on y pense.

Pourquoi le nom «Alice Kass»?

Au tout début, je brainstormais avec une fille qui s’appelait Alyssa et mon nom de famille est Cassis, alors nous avons inventé ce personnage: Alice Kass. Nous avons créé cet alter ego d’une fille qui représentait toutes nos valeurs. Il y a même des gens qui m’appellent Alice aujourd’hui! Ça ne me dérange pas, c’est comme un nom de plume. J’aime ça en fait, elle a l’air cool.

Ouais, je veux être amie avec Alice Kass.

Moi aussi!

Est-ce que la marque est devenue populaire rapidement?

La première personne qui a acheté quelque chose sur mon site web était ma mère! Mais ma première vente «officielle» a eu lieu deux semaines après avoir lancé le site web. Tu penses lancer ton site web et que les gens vont acheter aussitôt, mais ça ne se passe pas comme ça. Gagner de la traction prend du temps. Les gens doivent voir un truc dix fois avant que ce soit imprégné dans leur cerveau; ils sont bombardés d’informations constamment. Donc non, ce n’était pas populaire instantanément, mais les gens ont compris rapidement que j’offrais quelque chose de différent. La philosophie n’avait pas pour but ultime de séduire les hommes; c’était pour que la femme se sente bien d’abord et avant tout.

La boutique pop-up Alice Kass au Centre Rockland

Tu as une boutique pop-up au centre Rockland en ce moment. Dans un monde où tout est en ligne, comme ta compagnie d’ailleurs, trouves-tu que d’avoir une présence physique est importante?

Avoir une vraie boutique aujourd’hui est super important! Tout est en ligne, mais les gens recherchent des expériences. Tu peux acheter n’importe quoi sur Amazon, mais ce qui va te faire acheter ce produit ailleurs est tout le reste qui l’accompagne; quelque chose au-delà du produit en soi. Une boutique est un merveilleux endroit où raconter ton histoire, interagir avec les personnes qui aiment ce que tu fais et être témoin de l’appréciation générale. C’est facile d’oublier, quand on est dans notre bulle, derrière notre écran.

Tu as aussi commencé à faire des soirées du type «Tupperware», mais avec de la lingerie.

Oui! On va sûrement lancer officiellement ces événements au printemps, quand les mariages et les fêtes de bachelorettes recommenceront. J’ai fait trois soirées pour l’instant et c’est tellement amusant! La lingerie est très personnelle et ce n’est pas tout le monde qui est confortable avec l’idée (que ce soit par gêne ou par manque de confiance en soi), mais quand t’as ton groupe d’amies pour te dire «Wow, t’es dont bien hot là-dedans!», ça remonte le moral. Les filles adorent ça. Elles ont de la bouffe, du vin, c’est vraiment comme un mini party!

Photo par Jade Wulfraat

Sur une autre note, à quoi ressemble ta journée typique. Qu’est-ce que tu fais quand tu te réveilles?

Ouf, je suis accro à Instagram, c’est vraiment malsain. J’essaie de me forcer à ne pas le regarder aussitôt que j’ouvre les yeux… C’est tellement un problème de nos jours, cette dépendance aux médias sociaux. Nous ne sommes jamais dans le moment présent, nous sommes toujours sur nos cellulaires.

Peu importe, je suis aussi super travaillante. Je me pousse toujours plus, même quand je suis fatiguée. Parfois, je travaille mieux le matin ou le soir et l’après-midi, si mon cerveau ne fonctionne pas, je vais faire une sieste à 15h. Je le sais quand je suis épuisée ou que je ne suis pas de bonne humeur. Je ne me complais pas dans ces états d’âme, mais quand je les ai, je suis mieux de prendre soin de ma tête que de suivre un horaire rigide. C’est un des grands avantages d’avoir ta propre compagnie. Ça m’arrive aussi d’aller courir en plein milieu de la journée.

Autrement, j’essaie simplement de faire tout ce qu’il y a sur ma liste de to-do, peu importe l’heure. Si je suis à l’aise avec ce que j’ai accompli durant la journée, je suis satisfaite.

Juste à regarder tes médias sociaux ou ton projet Self-Love, c’est évident que de créer une communauté de femmes est très important pour toi. Pourquoi?

Je me suis toujours entourée de filles. J’adore travailler avec les femmes, elles m’inspirent. Le féminisme a toujours été très important pour moi: la réalité d’être une femme, la manière dont les gens nous traitent, ne pas se sentir en sécurité ou d’avoir l’impression qu’on ne peut pas s’exprimer librement, etc. Alors j’essaie de contribuer à la situation de la femme autant que possible. Il y a énormément de pouvoir et de force dans l’entraide.

Photo par @goodbye_jane

Qu’est-ce que tu aimes le plus de ton travail?

Je suis tellement reconnaissante de pouvoir décider ce que je fais chaque jour. Je sais que c’est un concept épeurant pour certaines personnes, mais pour moi, c’est synonyme de liberté. Je le souhaite à tout le monde, être capable de trouver sa vocation, peu importe ce qu’elle est.

Qu’est-ce que tu aimes le moins?

La comptabilité. J’ai toujours été bonne à l’école et la comptabilité n’était définitivement pas un problème à l’université, je n’aime juste pas ça. Je la remets toujours à la dernière seconde: c’est l’agonie pour moi. Certaines personnes sont très factuelles, tandis que je suis plutôt intuitive.

Est-ce qu’il y a des jours durant lesquels t’as juste envie de tout lâcher?

J’ai des phases, comme quand les factures s’empilent ou que les ventes ne vont pas bien. Je commence à paniquer et je me dis que peut-être tout le monde a raison, que c’est stupide, que je devrais me trouver une «vraie» job.

Il y a des gens qui te disent ça?

Oui, ça arrive de temps en temps. Quand les affaires vont bien, les gens trouvent que tu es extraordinaire. Quand les choses vont moins bien par contre, les gens se demandent ce que tu fais ou si ça en vaut la peine. Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne! C’est une vision à long terme, je ne suis pas payée à l’heure. Autrement, je ferais genre -100$/h!

Photo par @goodbye_jane

Je suis d’accord, ton bonheur vaut tellement plus. Alors comment te sors-tu des ces bulles négatives?

Le but est de se rappeler pourquoi on fait ce que l’on fait. Pour moi, c’est toujours une question d’empowerment au féminin et de vouloir que les femmes aient la confiance nécessaire pour affirmer leur rôle dans ce monde. Je vais regarder ce que d’autres femmes inspirantes font et je réalise alors que j’ai simplement besoin de me reconcentrer sur ma mission.

L’activité physique est aussi le truc #1 qui m’aide à décompresser. Si je ne cours pas pendant quatre jours, je le sens. Je deviens anxieuse et tout m’affecte plus.

Ça aide aussi que tu aies un message et des valeurs aussi forts derrière ta marque.

Oui! J’essaie aussi de publier des photos qui promeuvent la diversité. C’est difficile des fois, parce que je suis une fille blanche et blonde et je m’utilise beaucoup pour mon contenu… Mais quand je choisis des photos autres, j’essaie d’être prudente. Certaines filles ont des implants et elles se sentent bien et ce n’est pas à moi de juger ça, mais si une fille a un maquillage de type «contouring» super intense, des fausses lèvres, une fausse poitrine et le corps parfait, j’ai de la misère à encourager ça. Je ne veux pas partager ce message. Les gens se sentent déjà assez mal juste à regarder les réseaux sociaux, je veux que les gens se sentent bien! Je ressens une certaine responsabilité vis-à-vis tout ça.

As-tu des conseils pour les femmes qui désirent se lancer en affaires?

Commencez, même si tout n’est pas parfait, et foncez. Ayez un bon réseau de support autour de vous. Vous allez vous sentir seule et découragée par moment, alors assurez-vous de vous entourer de personnes inspirantes. Les compagnies que j’admire ont toutes quelque chose en commun: elles ont un but et un point de vue unique. Trouvez votre niche et exploitez-la. Restez fidèle à votre vision et n’essayez pas de plaire à tout le monde, c’est impossible. Aussi, amusez-vous! Vous allez travailler tout le temps, alors aussi bien aimer ce que vous faites.

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